Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 16:07

J'affirme avec certitude que, moi, le soir du 9 novembre 1989, j'étais devant ma télévision avec ma maman. J'étais ni avec Juppé, ni avec Fillon avec ma pioche en train de démolir le mur de la honte. Non. J'étais avec ma Maman. C'est maman qui l'a dit. Elle a dit aussi qu'elle n'oubliera jamais ce jour-là. C'est pas la chute du mur qui reste ancrée dans sa mémoire, à elle, mais la chute d'une idéologie. Certainement qu'après ce jour inoubliable, dans la famille, on a pensé que les méchants avaient gagné et que les gentils avaient perdu pour toujours. Certainement, qu'après ce jour inoubliable, on a commencé à réaliser, enfin, que les méchants n'étaient pas ceux que l'on croyait et que les gentils n'étaient pas ceux qu'on pensait non plus. Mieux vaut tard que jamais. Mamie, elle ne semble pas l'avoir encore compris, elle. La faute à la vie et au rouge trop subversif, certainement. Elle continue à soutenir des idéologies dépassées, celle d'un autre temps bien frileux. Au repas familial de dimanche, elle m'a fait penser à Josiane Balasko dans Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes. Les chants de l'Armée Rouge, l'Huma en poche et toute la panoplie d'une fervente coco défendant coûte que coûte l'idéologie de Marx et ses camarades de classes. « C'est beau » pensais-je furtivement. Beau de garder ses idéaux. Mais quels idéaux?

 

Le monde de mère-grand est dépassé et révolu. Dans son monde, les révolutionnaires étaient beaux et rebelles comme Ernesto, mais en réalité, violents et cruels comme Castro. Elle a la mémoire courte la mère-grand. Elle a la mémoire des gens qui croyait à un monde meilleur, pas celui des ricains, du règne de la consommation et d'une liberté illusoire. L'autre monde. Elle croyait en ceux qui avaient libéré la douce patrie en résistant dans l'ombre. Elle aimait les stars du Parti : les Prévert et Aragon, les Signoret et Reggiani... Elle croyait qu'une autre société était possible entre camarades. Elle croyait en l'autre monde. Celui qui est mort le 9 novembre 1989 sur le mur de la honte. Celui qui brisait toutes les libertés et portait atteinte aux droits de l'homme. Celui qui est mort il y a vingt ans sous les yeux du monde entier. Ce soir là, des milliers de coups de pioche ont mis fin au XXème siècle et ses horreurs. Ce soir là, des milliers d'européens ont vu naître un monde nouveau où il n'était plus question de mur, de Guerre Froide, d'axes du bien ou du mal. Ce soir là, le communisme est mort et le capitalisme a triomphé. Victoire entraînant un changement profond sur nos sociétés. L'occident remportait le conflit qui le hantait depuis un demi-siècle et par la même occasion prenait goût à la démesure, à l'ivresse de la gagne. L'histoire du XXème siècle s'est refermée sur la porte du Brandebourg. Là où elle avait commencée des années plus tôt, au début des années 30, avec la montée du nazisme. Car finalement tout n'est qu'une affaire d'idéologie, de puissance et de culture de la gagne.

 

20 ans plus tard, je n'ai plus l'affreuse tête de mes deux ans, et ma grand-mère est toujours une communiste convaincue. C'est amusant et triste à la fois. Elle est la preuve, à mes yeux ,que l'on se retrouve vite prisonnier d'une idéologie quand elle grouille partout autour de vous. Je me suis souvent demandée comment les allemands avaient pu élire Hitler en 1933. Comment aussi ils avaient pu devenir aussi vite communistes ou pro-américains. Comment ils avaient pu être sous le joug de ceux qui avaient bombardés leurs villes, violés leurs femmes et volés leurs dignités après leur capitulation. L'Histoire est un amas confus d'ambiguïtés et d'actes incompréhensibles. Elle se répète et se ravive à chaque instant. Elle témoigne, à chaque grandes heures de son vécu, de la faiblesse des peuples à se faire prendre au piège d'une idéologie et du diktat d'une pensée obscure, d'une volonté de puissance infâme. Elle n'est pas facile à enseigner, à apprendre et à comprendre. Elle est une longue et pénible répétition. Vingt ans plus tard, la Guerre Froide a laissée sa place à la guerre contre le terrorisme, la guerre contre le réchauffement de la planète, la guerre de tant d'autres choses encore. Deux décennies plus tard, on fête le fameux : « Nous sommes un peuple ». Un peuple qui vacille sous le poids de la crise amenée par un capitalisme impérial et imbu de sa personne. « Nous sommes le peuple » qui vit moins bien qu'il y a vingt ans, mais qui a en main ce semblant de liberté. Valeur unique et suprême. Alors même si elle n'est que semblant, on la serre fort contre soi, on la protège comme jamais, car il ne nous reste qu'elle.

Par zelda zonk - Publié dans : Actualités
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Plan séquence

"La vie est un long plan séquence qui va de la naissance jusqu'à la mort", de temps en temps, on aimerait couper des scènes au montage car elles n'ont strictement rien à faire dans l'histoire. La lumière n'y est pas bonne et les figurants sont mauvais. Et puis parfois, on aimerait revivre d'autres scènes, les rejouées jusqu'à abîmer la bobine pour savourer ces instants si parfaits. Quoique l'on dise la fiction rejoint toujours la réalité... 

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