Partager l'article ! This is it: Ces mots m'ont échappé. Arrivée devant cette caisse, oublier les principes et les amours du cinéma. Tout s'est mélangé dans ...
Ces
mots m'ont échappé. Arrivée devant cette caisse, oublier les principes et les amours du cinéma. Tout s'est mélangé dans ma tête et le cœur a parlé. Je me suis vue, devant cette caisse, ne pas
prononcer ce que mon cerveau avait prévu de demander à l'ouvreuse. Il n'était plus question de dire « Une place pour le Jeunet, s'il vous plait » mais « Une place pour le Michael
Jackson, s'il vous plait ». La place en main me voilà donc au premier rang d'une salle où entrent enfants, adolescents et adultes. Je me demande comment j'ai pu me corrompre à ce point.
Pourtant, au fond de moi, il y a cette excitation improvisée. Je me dis : « Michael Jackson, une dernière fois! » et je laisse s'envoler mes théories sur le cinéma et la nécessité
d'aller voir des films intelligents et non des grosses productions établies dans l'unique but de faire de l'argent. Il ne faut jamais dire jamais. Moi qui m'étais jurée de ne pas donner un
centimes aux vautours rodant sur le cadavre du regretté roi de la pop, je n'ai pas été capable de tenir ma promesse. Et, hélas, j'en suis plus que ravie...
This is it. Tel aurait été le titre du show que Michael Jackson aurait présenté cet été à Londres. Hélas, le roi de la pop a quitté ce bas monde par surprise un beau matin de juin. Comme la majorité des grandes stars de ce monde, les Marilyn et les James Dean, Michael Jackson a tiré sa révérence sans un bruit par surprise, laissant le monde orphelin et à jamais endeuillé par la perte cet homme qui l'avait bercé pendant près d'un demi-siècle. Michael Jackson aurait eu 50 ans en août dernier si cette femme gantée de noir, qu'est la mort, n'était pas venue le chercher à Neverland. Il aurait surtout offert à son public un show d'une émotion magique et fabuleuse. Un rare moment de paix dans ce monde à la dérive. Cet instant fabuleux, les producteurs de la tournée de Michael Jackson les offrent aux fans de l'artiste. Bien sûr, ce cadeau a un prix. La naïveté de Bambi est d'une sincérité désarmante. Hélas, la naïveté nous a quitté depuis bien trop longtemps maintenant. Personne n'est dupe et quand le film démarre, on a tous cet étrange sentiment de se faire avoir. Ces centaines de minutes d'images des répétitions de l'artiste ont un prix. On peut même parler d'exploitation d'un être qui finalement a été, lui aussi, exploité toute sa vie. L'ouverture se veut tout en sobriété avec cette dédicace : « Pour les fans » et à partir de cet instant, on oublie tout.
La monstruosité de l'entreprise Michael Jackson, les sales affaires et tout le reste s'évanouissent en un seul plan. On est là dans ce fauteuil rouge pour voir une dernière fois un artiste. Et mon dieu, quel artiste! Car si on devait retenir une seule chose de ce film cela serait indéniablement cette image d'un artiste unique, un dieu de la scène, un perfectionniste au cœur sans frontières. Pas un roi de la pop, non, un roi tout court. Ce qui frappe, dès ces premières images, c'est l'apparition d'un Michael Jackson maitre de son art dans toutes ces dimensions. The show must go on. Oubliées les allures cadavériques de l'homme, Bambi est là sur scène, ambitieux et démagogue comme on l'a toujours aimé. L'homme n'est pas mort comme la critique l'a souvent voulu. Il est vivant, plus vivant que jamais. Immortel, presque.
Il paraît impossible de mettre des mots sur cette montagne d'émotions produites par un tel spectacle. Impossible de traduire ce qui pendant près d'une centaine de minutes nous a tenu en haleine face à un personnage majeur de notre histoire personnel et de la grande histoire de ce monde. Car écouter Michael Jackson, le voir agir de la sorte, équivaux à ouvrir un album de famille ou feuilleter les archives tragiques de notre monde. Derrière la scène, un mur gigantesque d'images de ce siècle se dresse et vient percuter nos souvenirs. La mort de Michael Jackson apparaît ici, non pas seulement comme la perte d'un grand artiste, mais comme la perte définitive d'une partie de nos rêves inassouvis. Nos rêves où l'innocence enfantine gagnait face à l'horreur de ce monde. Ces rêves universels et intemporels de voir éclore un monde meilleur où plus personne n'aurait besoin de réaliser des morceaux humanistes et, malheureusement naïfs, tels que We are the world ou Heal the world. Les jours meilleurs sont partis avec ce petite garçon noir échapper des cieux. This is it prend soudainement les traits d'un conte à la Walt Disney, ceux-là même de notre enfance, où l'on savait que quoi qui se passerait le gentil triompherait à la fin sur les méchants. Á bien des égards, Michael Jackson apparaît de façon ultime comme ce héros, apôtre d'un Dieu inconnu, venu sur terre pour prêcher la parole divine auprès des mortels. Bien évidemment ces quelques propos peuvent faire sourire et provoquer moqueries en tous genres. Pourtant dans cette salle obscure, il y avait cette force divine provoquant sourires, larmes et bonheur en tous genres sur le visage des spectateurs. Alors que dehors, le monde s'écroulait, que la crise continuait son bout de chemin et que multiples bêtises humaines avaient lieu, dans ce temple sacré qu'est la salle de cinéma, le modeste spectateur oubliait pendant plus d'une heure cette fin du monde programmé par nous tous. Il oubliait parce que Michael Jackson chantait des messages d'amour, que mon pessimisme extrême taxerait de « messages à la con », auxquels pourtant on adhère sans hésiter. Le spectateur devant This is it était comme un enfant découvrant l'immensité et la beauté d'une salle de cinéma ou la force et l'émotion d'un premier conte de Walt Disney. Michael Jackson, jusqu'au bout, jusque dans ces répétitions intimes, a maîtrisé le but suprême de l'art : permettre aux gens de s'échapper l'espace d'un instant, d'un plan, d'un pas de danse, d'une note de musique. S'échapper d'une triste réalité le temps d'une chanson.
Grâce à This is it, les spectateurs auront enfin compris qu'au cinéma comme en musique, il y a ce concept du collectif. L'art se veut sport collectif, la scène se veut terrain de jeu où ensemble il faut en mettre plein les yeux, éblouir et marquer à jamais les spectateurs. Michael Jackson n'est finalement, ici, qu'un protagoniste de plus dans le grand show. Il est celui qui mène la danse certes, mais celui aussi qui voit tout un monde travailler pour son art. Dans les premières minutes du film, la caméra se consacrera aux danseurs. Plus tard, elle s'attardera sur le travail des musiciens. Toutes ces petites fourmis qui travaillent dans l'ombre prolongent l'artiste exceptionnel qu'est Michael Jackson. L'homme le sait, sans eux, le show n'aurait pas cette envergure d'apothéose. Interrogée, le costumier de l'artiste a cette remarque très juste : « On repousse les limites parce que c'est ça Michael Jackson ». Oui, c'est ça Michael Jackon. C'est être un dieu en faisant revivre Rita Hayworth et Humphrey Bogart pour Smooth Criminal. C'est être un magicien en multipliant à l'infini les danseurs pour They Don't care about us. C'est être un génie en faisant d'un concert un film d'horreur puissant où une araignée géante attaque la scène pour Thriller. C'est aussi être un être sans paillette qui a parfois juste besoin d'un gant et d'un chapeau pour créer un instant de pure plénitude avec Billie Jean. Oui, c'est tout ça Michael Jackson.
D'une sobriété admirable, le film a rangé le pathos à l'américaine au placard. Jackson n'avait aucunement besoin de ce pathos nauséabond qui gangrène toute la production américaine. Pas besoin de témoignages en sa faveur, d'images d'archives ou de pleurs des fans. Juste le show. Rien que ça. De la musique encore et toujours, comme il a su si bien le faire toute sa vie. This is it est un ultime plaidoyer en la faveur d'un artiste du Xxème siècle. Un plaidoyer qui se clôt sur une note humanitaire. L'œuvre de Michael Jackson ne pouvait se refermer autrement que sur ce Man in the mirror et Earth Song où une petite fille s'endort dans un Éden fantasmée et se réveille dans un monde abîmé à jamais. Est-ce alors le Michael Jackson à l'apogée de son art qui parle ou le petit être frêle des Jackson Five? L'éternel enfant réussit à nous interpeller une nouvelle et, hélas, dernière fois. Qu'avons nous fait au monde et à la paix lance une dernière fois Michael Jackson à ses contemporains. On méditera la question. Pour l'instant, on est en deuil. L'écran scelle l'épitaphe du véritable King. Les dates de naissance et de mort du roi s'affichent tandis qu'en dessous viennent s'écrire ces quelques mots: « L'amour est éternelle ». Tels seront les derniers mots et conseils du regretté Michael Jackson. Chapeau l'artiste!