Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 18:16

La polémique n'aura même pas eu le temps d'enfler et de dévaler dans tous les esprits agités durant les semaines à venir. L'homme révolté n'entrera point au Panthéon. Albert Camus n'ira point rejoindre les grands hommes de la nation. Ceux qui ont révolutionné la République française par la chose littéraire, politique ou scientifique. Non, l'écrivain français continuera à reposer en paix à Lourmarin, loin de Paris et de sa fièvre politico-intellectuelle. Loin de Nicolas Sarkozy et de ses tentatives de récupération. Car finalement, il n'est question que de ça. La polémique n'est venu que de lui. Encore et toujours.


Le geste est remarquable. S'il existe une personnalité française qui mérite amplement sa place dans le temple de la République, que représente le Panthéon, c'est bel et bien Albert Camus. Parce qu'il est de la veine des Rousseau et Zola, de ceux, qui un jour, par la force des mots et des idées, ont forgé une autre idée de la France, ont plongé leurs yeux et leurs plumes sur la douleur des êtres opprimés et oubliés. Camus était de ceux-là. Ceux qu'on lit à l'école par obligation. Ceux qu'on lit plus tard quand on a enfin compris ce qu'était la vie. Albert Camus était né du côté de la misère, celle qu'on dit naïvement « moins pénible au soleil ». La pauvreté était son quotidien. Mais il avait conscience d'une pauvreté encore plus infâme que la sienne : la pauvreté affligeante du colonisé, de l'exploité, celle du peuple algérien. En pleine Algérie française, Albert Camus prendra position contre la misère algérienne, il multipliera les avertissements à l'égard de son pays, la France, responsable des maux des algériens. La réalité est là, dans ses Chroniques Algériennes. Chronique d'un citoyen français, un pied-noir amoureux de la terre qui l'a vu naître, l'Algérie, mais conscient des tourments et erreurs de sa patrie, la France. Camus est diablement moderne. D'une efficacité sans frontières. Sa verve est intemporelle. Il est décédé de façon tragique dans un accident de voiture, en 1960, laissant derrière lui le manuscrit inachevé d'un chef-d'œuvre posthume : Le Premier Homme. Aujourd'hui, cet homme, celui qui combattit avec férocité toutes les inégalités et abominations produites par l'âme humaine, et l'âme française en particulier, se retrouve sur le devant de la scène pour une possibilité d'entrer dans le temple des grands hommes de la nation, le Panthéon, lieu de mémoire collective.


Geste remarquable donc. Tout le monde s'incline à le dire et s'étonne même que l'idée n'est pas été adoptée plus tôt. Le seul bémol dans ce nouveau rebondissement du règne de Nicolas Sarkozy est que l'idée vienne de lui. N'y voyez pas un refus catégorique des idées du Président, juste une méfiance à l'égard des gestes symboliques qui ont la capacité à se transformer en geste stratégique. Après les mots de Guy Môcquet dans la bouche de Sarkozy et sous la plume de Henri Guaino, voici L'Homme révolté comme livre de chevet du Président. On aura tout vu! Cessons les mesquineries, les antagonismes nous habitent tous (oui, je l'avoue, un album de Céline Dion se dissimule dans ma discothèque) et écouter gueuler Johnny allumer le feu n'a jamais empêché de lire Albert Camus en même temps. Johnny est un révolutionnaire, à sa manière! Trêve de plaisanteries. Le soucis d'une telle affaire ne réside pas dans une simple histoire de bon ou de mauvais goût. Non, tout ça est trop subjectif pour se permettre d'être juger. Le réel soucis est plus irrévérencieux, il se loge dans l'impertinence de l'acte quand on connait les œuvres des deux hommes que l'affaire concerne. D'un côté, l'humaniste, l'homme de lettre et de philosophie, l'homme de gauche « malgré lui et malgré elle » se plaisait-il à dire. De l'autre, le politique impertinent, l'homme du bling-bling et de la force, l'homme de droite qui n'hésite pas à puiser ses forces du côté de l'extrême. Le soucis est là.


Peut être Nicolas Sarkozy est-il sincère. Peut être aussi méprise t-il La Princesse de Clèves autant qu'il aime L'Étranger. Hélas, son ouverture démesurée vers la gauche, sa volonté à s'emparer des symboles vivants ou disparus de la gauche française commence sincèrement à irriter les consciences. Parce que à gauche, on pense à eux, les disparus. Ceux dont la défense s'en est allée mais dont il reste les écrits et les actes. On pense à Camus, à ses idées et ses valeurs, celles pour qui il s'est mis à dos l'Algérie française, celles pour lesquelles il s'est éloigné de Sartre, celles pour qui il s'est battu jusqu'au bout. Parce que lui avait compris avant tous qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre. Et c'est ce qu'il a fait. Il a donné sa vie pour l'injustice et aujourd'hui, de la main de Sarkozy, il gagnerait sa « panthéonisation »? Blasphème. Camus est l'homme de l'après-guerre, celui de la justice et de la liberté. Sarkozy est l'homme de la politique moderne, celui de l'excès médiatique et politique, l'homme au pouvoir excessif et aux ministres irrespectueux. L'incompatibilité des deux hommes est là. Elle n'est pas dans le geste mais dans les idées. Parce que si Camus était encore de ce monde, il serait de ceux qui combattent fermement la politique actuelle de Nicolas Sarkozy et des siens. Albert Camus n'aura pas le droit à un mythique « Entre ici, Albert Camus ». Et par ce geste, il restera indéniablement révolutionnaire.

Par zelda zonk - Publié dans : Actualités
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"La vie est un long plan séquence qui va de la naissance jusqu'à la mort", de temps en temps, on aimerait couper des scènes au montage car elles n'ont strictement rien à faire dans l'histoire. La lumière n'y est pas bonne et les figurants sont mauvais. Et puis parfois, on aimerait revivre d'autres scènes, les rejouées jusqu'à abîmer la bobine pour savourer ces instants si parfaits. Quoique l'on dise la fiction rejoint toujours la réalité... 

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