Vendredi 5 juin 2009
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Surnommé The King sur les terrains de football, Eric Cantona n'est pas loin d'emporter les faveurs et
les louanges d'un notre terrain, celui de l'écran noir. Contrairement à ses comparses footballeurs, le King Eric n'était pas du genre à jouer la comédie lors de tâcle surjoué. Pourtant après des
années a avoir brillé aux côté des Diables Rouges, le King Eric a raccroché les crampons, quitté les vestiaires pour les coulisses du cinéma. Après quelques collaborations fructueuses
avec des cinéastes français tels que Etienne Chatillez et Jean Becker, Eric Cantona, en bon attaquant, a attaqué un cinéma social de qualité, un cinéma d'Oeutre-Manche, porté par le célèbre
cinéaste Ken Loach.
La rencontre insolite entre le monstre des pelouses anglaises et le
grand cinéaste anglais a secoué La Croisette. Tonnerre d'applaudissements à Cannes pour le nouveau Ken Loach, rencontre improbable entre deux hommes d'univers distincts sur fond de fresque
sociale à l'anglaise. Le réalisateur anglais délaisse les univers gris et les histoires moroses pour se convertir à ce qui fait vibrer: la beauté d'un geste, d'une frappe, d'une passe, d'un coup
franc. La magie du football n'aura jamais autant frôlée la perfection. Déjà présent sur le tapis rouge avec des films sur des idôles du ballon rond (Zidane, Maradonna), le football est revenu sur
La Croisette cette année pour donner une belle leçon.
Ken Loach mène un film sur la magie du ballon rond, sur une idôle sans demi-mesure, sur un homme à la dérive, sur une bande de potes solidaires, sur un monde pleins d'immondisses. Un Ken Loach
est un livre ouvert sur le monde, sur ses horreurs et ses injustices. Affiche trompeuse surplombé d'un titre trompeur, Ken Loach joue les farceurs avec sa tête d'affiche à l'américaine,
l'ancienne star du foot reconvertit en acteur n'est finalement que second rôle dans le film. Cantona n'entre qu'en deuxième mi-temps car même si il est la vedette, la vraie star de ce Looking
for Eric c'est Eric l'anonyme. Eric le postier, l'homme sur la pente qui travaille pour un salaire de misère et qui a une vie misérable dans un monde plus que médiocre. Un soir alors qu'il
se fume un joint (piqué dans la chambre de son fils), Eric voit apparaitre dans un recoin de sa chambre l'autre Eric, celui qui a tout réussi. Cette apparition complètement loufoque va se
répéter, les séances de pétards aidant à faire émerger l'homme tant admiré. Scènes d'une tendresse inouïe (que le spectateur attend avec impatiente), ces rencontres vont permettre au modeste
postier de reprendre sa vie en main sous les dix commandement du dieu du ballon rond. Cantona s'empare du rôle de messie avec conviction. Divinement convaincant dans son propre rôle, Eric Cantona
se moque de lui-même (et nous avec). Cantona redevient Canto, réendosse cette image médiatique exagérée qui a fait de lui l'un des plus grand leader de Manchester United. Légende vivante du foot,
Cantona surjoue les réparties philosphiques qui ont fait de lui le chouchou des tabloïds avec des répliques du style mythique de "Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est
parce qu'elles pensent que des sardines seront jetés à la mer". La réplique placée dans la bouche d'Eric Cantona au devenir cultissime est d'une véritable véracité: "I'm not a man, i'm
Eric Cantona".
Mais Ken Loach est malin. Trop facile de placer une star du foot dans un film sur le foot. Cantona n'est que prétexte à la fresque sociale made in England s'il vous plait, débordante de
bons mots et d'humour so british. A la fois messie, psy, coach, Cantona est le sauveur de celui qui l'a jadis mené sur la route de la gloire: le supporter. Drôle de race que ce supporter
de Manchester qui ne vit que pour ses types tapant dans un ballon et courant pendant près de 90 minutes. Si la magie du football reste un mystère non-résolu pour bons nombres de personnes sur
terre, Ken Loach et les siens ont résolu l'enigme depuis bien longtemps. Car sur la terre de cette très chère Reine Elisabeth, il n'y a que deux moyens de s'échapper de la grisaille des lieux et
de la vie: le rock et le football. Ken Loach a choisi le football comme lien ultime de notre humanité. Fouinant dans les mystères de ce sport, il découvre derrière ces 90 minutes d'une extrème
intensité la caractéristique première du football: "C'est tellement bon que ça vous fait oublier tout le merdier de votre vie" lance Eric, les yeux humides à l'autre Eric. Moment crucial
du film où Cantona est rétrogradé en second rôle et où le spectateur saisit toute la force de ce modeste Ken Loach. Certainement pas le meilleur film de la filmographie du cinéaste, Looking
for Eric sous ses airs comiques est une fausse comédie. La tragédie de la vie pointant le bout de son nez à chaque plan, chaque réplique. On est tout de même chez Ken Loach et le contexte
social fait surface avec simplicité: Eric et ses collègues du centre de tri ne peuvent plus se payer des places pour aller voir jouer leur équipe tant aimée. "T'as qu'à regarder les voitures
sur le parking du stade. Que des 4*4" lance un collègue. Que des grosses bagnoles inabordables pour de modestes ouvriers comme les places de match. Chronique sociale, hymne à l'amour du
football, tragédie du XXIème siècle, Looking for Eric par sa modestie est un beau petit film sur l'humanité et son jeu collectif. Le football est l'opium du peuple, une nouvelle drogue
dure qui permet aux hommes d'oublier pendant près de 90 minutes le merdier de toute une vie.
Par zelda zonk
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Publié dans : Cinéma
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